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déménagement

Pour le cas où il y aurait encore des visiteurs égarés ici, la suite est désormais là-bas :

http://junkofrantic.free.fr/blog/

 

25.4.06 23:07


wonderful world

Quand
je me suis réveillée, il faisait encore nuit. J'ai avalé ma première
gorgée de café en allumant ma cigarette à la fenêtre, l'air était
plutôt tiède et tout était anormalement silencieux encore, dans ma rue
toujours animée. En levant les yeux, j'ai vu ma première étoile
filante. Au même instant j'ai eu envie que tu sois là, près de moi.
Finalement ce devait être un voeu spontané, presque inconscient. Une
amie a un jour dit de moi qu'il "ne fallait pas m'adresser la parole le
matin tant que je n'avais pas bu deux cafés et fumé trois cigarettes".
J'aime les réveils calmes et silencieux où je peux lentement émerger de
ma nuit, si non je suis insupportable. Mais là c'est différent, je
pense à la journée qui m'attend et au week-end qui suivra, et je me
sens bien. Calme à l'intérieur, sereine.



Dans le bus, Mùm me berce pendant que les façades tarabiscotées et les
ponts de cette jolie ville défilent. Il n'y a presque personne, sans
doute parce que c'est les vacances scolaires en ce moment. Le
conducteur n'a pas mis la radio, donc pour une fois, aucune soupe
sonore ne domine ma musique. Je le remercie silencieusement.

Le soleil se lève au moment où je descends du bus pour me diriger
paisiblement vers mon lieu de travail. Il est encore très bas et
énorme, juste en face de moi. Comme ça m'éblouit, je baisse
machinalement les yeux. Le soleil, en traversant les branches des
grands cèdres agités par le vent, découpe le sol en rayures inégales et
illumine les feuilles - gris - jaune - orange - vert doré... Je
regrette de ne pas pouvoir le photographier ou le mettre en peinture.
Mais de toute façon, cette image restera dans ma mémoire, je le sais
déjà. J'ai immortalisé cette journée dés l'instant où j'ai vu l'étoile
dans le rectangle de fenêtre.



Comme toujours, pendant les 10 minutes restantes avant de commencer, je
déambule à l'orée du bois en effrayant les écureuils. Je me dis qu'en
ce moment, on dirait qu'il y a un truc dans mes yeux qui donne de
l'éclat à tout ce que je vois. Où alors, ça a toujours été là, et je
m'étais créé une réalité glauque toute seule. Je ne sais pas très bien,
ça n'a pas vraiment d'importance finalement, seul maintenant compte. [And the future, well, it's conditionnal. And the past's a foreign land.
But the present isn't imperfect]. En regardant les sentiers colorés qui
s'enfoncent de part et d'autre de moi, je pense que ma vie en ce moment
elle ressemble un peu à ça. J'ai choisi un chemin, et quel que soit les
croisements qui m'entourent, tous ont l'air agréables, tous donnent
envie d'être empruntés.

En fouillant dans mon sac pour éteindre mon baladeur - parce qu'il est
l'heure de descendre dans ma bibliothèque rejoindre le vieux monsieur
érudit et attachant, celui qui me donne envie de vivre jusqu'à 87 ans
pour avoir autant d'images que lui dans la tête - je vois mon relevé de
notes chiffonné, la validation avec mention de cette deuxième année de
Master décrite comme une torture tout au long de ce blog, ça c'est enfin derrière moi, ça ne se revivra jamais plus.
En foulant les feuilles pour rejoindre le bâtiment, je me sens légère,
vaguement étourdie par l'euphorie, et totalement invincible.





[J'ai été très silencieuse ce mois-ci. Pourtant, j'avais le temps
nécessaire pour écrire tous les jours, je n'ai sans doute jamais été
aussi peu débordée ou stressée. Mais c'est difficile d'écrire quand
tout a changé. Ce blog a un an et 10 jours, il a commencé avec la
phrase "je cherche un projet professionnel", il a continué avec "je me
pose toujours la même question : qu'est-ce que je fous là", sans
oublier le récurrent "j'ai envie de m'enfuir, partir, tout
recommencer". J'ai ouvert mon premier blog il y a plus de trois ans
maintenant, j'ai connu différentes communautés, des changements
d'identité... Il y a eu des évolutions dans la longueur des notes, le
contexte, les descriptions, etc. Mais au fond, on y retrouvait toujours
le même thème, le "où suis-je où j'erre dans quel état j'erre".
Actuellement, je n'ai aucune envie de fuir et je sais très bien où j'en
suis. Je ressens un
sentiment d'équilibre pour la première fois depuis... (toujours ?). Et
je ne sais pas très bien comment raconter ça. A la limite je ne suis
même plus sure d'avoir envie d'un blog dans ce contexte. Certes, j'en
avais assez d'être pathétique dans mes écrits, mais je n'ai pour autant
envie de devenir bêtement nunuche-guimauve. Enfin... On verra bien.

Un soir, récemment, une phrase s'est énoncée naturellement dans ma
tête, trois mots que je ne me serais jamais imaginé concevoir et qui
résument toutes les lignes précédentes : je suis heureuse.]





27.10.05 19:28


What do you think I see if I could walk away from me ?


J’ai une métaphore simple pour une histoire triste et compliquée. A l’origine, quelqu’un nous a tendu du papier et de la peinture en disant : "dessinez-moi vos espoirs concernant l’autre, la façon dont vous imaginez votre relation, ce que vous attendez, et tous vos sentiments". Chacun était concentré sur ses propres fantasmes, envies, souhaits, désirs, tout ce qui s’ensuit, alors aucun des deux n’a vu ce que l’autre avait dessiné. C’était informe, difficile à distinguer, et pourtant joli et coloré dans les deux regards. Parfois quand on ne comprend pas une peinture conceptuelle, le titre éclaire le sens. En l’occurrence, celle-ci s’intitulait "nous" alors ça aurait dû être facile à comprendre d’emblée. Petit à petit, au fil des étreintes, les deux dessins se sont mêlés. Plus ils se rapprochaient et plus l’ensemble devenait obscur, absurde, et contradictoire.


La suite était prévisible, elle a déjà dû être racontée. Avec le temps, le tableau d’origine a été dissimulé derrière une vilaine grosse croûte, faite d’amertumes, d’insultes, de déceptions réciproques surtout. Au fur et à mesure que le décalage se révèle et s’accentue, les rapports s’enveniment jusqu’à anéantir toute possibilité de dialogue ou de compréhension mutuelle, car les deux protagonistes ne voient plus que l’idéal sali. Désormais il n’y a plus beaucoup d’alternatives. Il reste deux solutions pour mettre fin à ce douloureux malentendu : espérer, ou renoncer. Autrement dit, soit il faut essayer d’arracher toutes les saletés nauséabondes et blessantes qui recouvrent la toile afin de redessiner le "nous" (mais la peinture d’origine était imaginaire, alors que les sentiments négatifs qui l’ont recouverts ont été vécus et resteront, de toute façon) ; soit déchirer le tableau… puis s’éloigner, sans se retourner, en gardant la désagréable impression que tout aurait pu être merveilleux, pourtant. (Si seulement…)


2.10.05 12:17


j'aimerais bien frapper à ta porte mais j'ai peur de ta réaction.

Parfois j’aimerais bien retourner là bas – Sénégal, Burkina Faso, Rouen, tous ces endroits où je pourrais ne plus jamais aller – et puis voir si réalité et souvenirs correspondent, mais j’ai peur d’être déçue. Je crois. Et les lieux ont une histoire, quand on les a traversé longtemps. Ici aussi, ça commence à être le cas, d’ailleurs. En fait, c’est la raison pour laquelle j’ai besoin de déménager souvent. C’est pour cela je ne supportais plus Aix après y avoir été seulement 5 ans. Il y avait trop d’images là bas, par exemple passer dans une rue et se souvenir qu’après un mauvais trip je suis restée assise près d’une poubelle sans bouger pendant quelques heures, je pourrais dire exactement où c’était, la poubelle y est probablement encore. La salle de pause du supermarché où je bossais, a-t-elle changé ? Est-ce que c’est toujours aussi sinistre ? Et le long mur de mon école primaire, je revois encore les graffitis dessus, il me semblait interminable quand j’avais 8 ans, je me demande s’il a raccourci à 25 ans. Trop subjectif tout ça, mais est-on réellement plus objectif en grandissant, de toute façon ? Je voudrais avoir un regard neutre et global sur tout, parce que des fois je me dis que tous mes souvenirs sont bidons, vus à travers un miroir déformant, trop dépendants de ce que je voulais y voir et / où de ce que j’y cherchais.


Des fois je me repense à ma grande tante, le jour où elle me regardait nager en hurlant " ma sœur se noie ! ", elle avait eu un malaise immédiatement après. Personne ne m’avait dit qu’elle avait Alzheimer, ils pensaient sans doute que j’étais trop jeune pour comprendre ce que représentait ce type de maladie. S’ils m’avaient expliqué, si j’avais su que sa sœur était morte noyée, aussi, peut-être que je lui aurais évité un traumatisme. En tout cas, elle me parlait comme si j’étais sa sœur et comme si elle avait mon âge, j’aimais bien. C’était une bonne copine en fait. Même si ça me perturbait quand elle disait " bonjour madame " à ma mère 20 fois dans l’après-midi. Je revois très bien son regard hagard et la façon dont elle s’accrochait à son fauteuil roulant, mais je n’ai pas pleuré quand elle est morte, j’étais un peu triste, c’est tout. Enfin j’avais 10 ans et je l’avais vue 6 ou 7 journées dans ma vie. Pourtant, ça m’a marqué, malgré tout. J’ai une image d’elle près d’une rivière avec un bouquet de lavande posé sur ses cuisses toutes maigres, et elle sourit dessus. Mais j’ignore les circonstances, quand c’était, comment, pourquoi j’ai ce cliché là dans la tête, précisément.


Pendant longtemps j’ai pensé qu’une amie d’enfance m’avait écrasé le pied avec une grosse pierre, près d’un carrosse plein de fleurs, quand j’étais petite. En grandissant, j’ai cru que j’avais rêvé de ce souvenir, je n’étais plus très sure, d’autant plus que c’était irréaliste cette image de carrosse. Après j’ai appris qu’en fait, au cours de la visite d’un château en Bourgogne, je jouais dans le parc avec cette amie, et il y avait un carrosse avec des fleurs dedans pour décorer. Elle m’a effectivement balancé de grosses pierres sur le pied parce qu’on s’était disputées, et après ça saignait, j’avais un orteil arraché, et je me suis baladée avec des bandages pendant plusieurs jours. J’avais 3 ans. Je lui en ai toujours voulu en fait, même quand je n’étais plus sure de l’avoir vécu, et malgré mon ignorance complète à propos de l’origine de la dispute. Je la connais encore. Maintenant elle est avocate. Moi je la vois toujours comme la fille qui m’a fait mal quand j’étais petite, c’est complètement ridicule.


Il y a des moments où tout ça passe dans ma tête, dans le désordre, tout en incohérences. J’aimerais bien pouvoir être certaine de tous mes souvenirs, parce qu’il y en a beaucoup qui ont dû m’être racontés, ou que j’ai vu en photos. Petit à petit, c’est devenu réel. Mais en fait, ce n’est pas parce que j’ai vu une photo de moi tenant des nids de Tisserins dans les mains sur un balcon au Sénégal, que je me souviens d’avoir un jour vu cette race d’oiseau. "Ton berceau était juste en face des nids, tu voyais les oiseaux les construire et après tu avais les naissances de bébés sous les yeux". ça devait être chouette, dommage que je ne m’en rappelle pas. "Un jour, une grue couronnée t’a pris pour sa partenaire, elle te faisait toute une parade d’amour, les gardiens du jardin zoologique sont intervenus parce que tu étais plus petite qu’elle, ils avaient peur qu’elle te blesse". Je voudrais bien me souvenir de ça, aussi, tiens. A force de photos, de racontars, de rêves, etc., je reconstruis l’histoire. Mais en fait, c’est très agaçant de n’être sure de rien, surtout quand il n'y a que le passé auquel se fier.


30.9.05 21:21


C'était juste une mauvaise journée.

Parce qu’il y a des jours comme ça, où l’envie de pleurer est omniprésente. Des matinées froides avec la gorge serrée, le tabac desséché, la fumée irritante et les yeux cernés. Sur la vitre du bus, les taches forment des visages, avec un seul oeil, une dent de travers, un rictus, de grandes oreilles... il y a plein de monstres tout autour de mon reflet gris. J’entends des klaxons et le chauffeur qui crie, s’énerve, insulte des automobilistes et des piétons. Autour de moi, des enfants surexcités s’agitent et parlent fort, m’assommant avec leurs cartables.


Il y a des jours où je suis une chose toute molle, de la peau flasque sans os à l’intérieur, où je ressemble à un pull sale chiffonné abandonné sur le fauteuil. Des jours où je voudrais me blottir tout au fond d’une couette avec les genoux sous le menton et de la musique fort dans les oreilles. Ne plus bouger tant que mon squelette n’aura pas redonné forme à ma carapace. J’essaie de contrôler mes pensées où de faire le vide en regardant la ville défiler, mais ça démange derrière, ça afflue à proximité des yeux. A fleur de peau et à vif. Et ces jours là, évidemment, je dois cacher tout ça, répondre à tous ces gens, car je ne peux plus dire : "je me sens malade maman, fais-moi un billet d’absence s’il te plaît", ni sécher comme en fac ou à l’Ecole.


Mon reflet se charge d’assurer le minimum de réparties et de sourire, mais il y a déjà trop de dialogues qui se déroulent dans ma tête, je ne peux pas entendre réellement ce qu'ils disent. La loi de Murphy sévit souvent ces jours là, tout se déroule de plus en plus mal. Garder le masque et ne pas s’effondrer.


Le soir, quand j’ai dû attendre deux heures le serrurier – "ne vous inquiétez pas, on arrive rapidement, dans un délai d’une heure 30 on est chez vous" - pour ouvrir la porte de mon appartement sur laquelle les cambrioleurs s'étaient acharnés, j’expliquais la situation avec humour à mes voisins, même si j’avais envie de sangloter depuis plus de 12 heures. Monsieur Troisième Etage à Droite a dit : "vous le prenez bien, c’est très agréable, il y a des gens qui en feraient une montagne".


Parce qu’il y a des jours où la montagne grandit, et on ne veut pas la laisser percer la surface. Plus elle augmente et plus elle est douloureuse à camoufler.


Des jours qu’ils faudrait passer sans bruit, sans agitation, sans téléphone, sans sociabilité, sans personne... Evacuer autour et dedans.


Le soir, débrancher rageusement les "moyens de communication", laisser le flot déborder, et s’endormir artificiellement, épuisée.


Le masque trompe les autres, mais il est toujours pesant, étouffant. Même quand il est parfaitement ressemblant, je n’y crois jamais moi-même. A se demander s’il ne devient pas plus insupportable que ce qu’il doit cacher.


(…)


30.9.05 11:46


libérée

"Les ports USB sont rarement sur un écran d’ordinateur" / rire nerveux "je ne sais plus ce que je fais" / "détendez-vous mademoiselle C, personne ne va vous dévorer aujourd’hui".


Même si j’ai fait tomber tous mes papiers avec mes mains tremblantes, même si je parlais avec un rythme de mitraillette, ce n’était pas si grave : je n’ai rien oublié sans pour autant lire mes fiches d’une voix mécanique; j’ai répondu aux questions en esquivant et en renvoyant les tirs... Non, ce n’était vraiment pas si terrible.


"Vous êtes trop modeste, à vous lire, on dirait que vous n’avez rien fait. Vous ne voyez pas à quel point votre travail est remarquable et minutieux ?". La gorge serrée, se demander si j’ai bien entendu, où si je suis encore dans mon lit à rêver de cet oral. Et en fait, ça se finit toujours ainsi, car à chaque fois j’exige plus de moi que ce qui m’est demandé, au bout du compte.


Fermer la porte, bien calée sur un nuage moelleux, la nicotine et la tête qui tourne… Cette année infernale pourrait avoir une fin heureuse ? Réellement ?


Les éclairs au dessus du Rhône et le tonnerre juste derrière moi, l’adrénaline qui parcoure le corps jusqu’au rire libérateur, vrai, spontané, loin des grimaces qu’on fait pour donner l’air, l’expiration dans laquelle toute la lourdeur s’évapore, l’envie de courir à perdre haleine en l’entendant crier : "On a fini, tu te rends compte ?! On a fini !"


[Etudes officiellement terminées sept ans après l’obtention du bac. Il était temps. Quelques semaines de plus et je lâchais prise, définitivement.]


26.9.05 20:56


25

* Le nouvel album de Cocorosie, "Noah's ark", embellit mes journées. Le DVD de Noir Désir a occupé l'essentiel de ma nuit. Le nouvel album d'Asobi Seksu, Citrus, sort en octobre. Le nouveau Metric s'intitule "Live it out".


* J'ai 25 ans et quelques heures. Elle a écrit "bienvenue dans le monde des adultes" sur la carte d'anniversaire. Appliquée à moi, cette phrase est assez grotesque.


* S'il n'y avait pas une clause de "réserve" et "secret professionnel" dans mon contrat, j'aurais beaucoup de choses à dire... En l'occurence ce serait trop dangereux. Mais, tout ce que je vois en ce moment m'a donné une idée de roman. Alors, je prends des notes et j'observe. Un jour, tout sera dévoilé. Ce roman sera comique, burlesque et quelque peu surréaliste, en fait.


* Résolutions pour l'an prochain : j'aurais appris à jouer de la guitare, j'irais plus souvent voir des concerts, j'aurais une relation amoureuse stable, j'aurais le temps d'écrire à mes proches et de les voir quand j'en ai envie, j'aurais arrêté de fumer, je saurais remplir des papiers administratifs et gérer un compte en banque, j'arriverai à dormir sans somnifère, je ne serais plus une perpétuelle indécise.


25.9.05 08:10


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